Enfant entre la Tunisie et l’étranger après une séparation : garde, voyage, résidence et demande de retour
Une mère vivant en France veut passer l’été en Tunisie avec son enfant. Le père accepte les vacances, mais pas une installation définitive. Dans un autre dossier, l’enfant est parti en Tunisie et n’est pas revenu à la date convenue. Dans un troisième, un parent craint un départ imminent de Tunisie. Ces situations ne se résument pas au mot « garde ». Il faut distinguer garde, tutelle/autorité, autorisation de voyage, changement de résidence, restrictions de sortie et déplacement ou non-retour illicite au niveau international.
Relu par Me Ahmed Ben Hemden Avocat près la Cour d’appel
Dernière revue juridique :
1. La garde n’emporte pas nécessairement tous les pouvoirs
Le parent gardien assume la prise en charge quotidienne selon le régime applicable. Cela ne signifie pas automatiquement qu’il puisse décider seul de toute question de tutelle, de voyage ou de transfert permanent de la résidence vers un autre pays.
Il faut lire le jugement, identifier les pouvoirs de chacun et replacer la décision dans l’intérêt de l’enfant.
2. Loi applicable dans un dossier international
Le Code tunisien de droit international privé comporte des règles particulières relatives à la garde et aux obligations alimentaires. Il prend en compte, dans les conditions qu’il fixe, la loi de dissolution du mariage, la nationalité ou le domicile de l’enfant et privilégie le résultat le plus favorable à celui-ci.
La loi applicable et la juridiction compétente restent toutefois deux questions distinctes.
3. Voyage d’un mineur tunisien
La loi tunisienne sur les passeports et documents de voyage, telle que modifiée, encadre le voyage du mineur et l’autorisation donnée par un parent, le tuteur ou la personne investie de la garde dans les conditions légales.
En cas de conflit, la question peut être portée devant le président du tribunal de première instance, statuant suivant la procédure urgente prévue, avec prise en compte de l’intérêt supérieur de l’enfant.
4. Autoriser des vacances n’est pas autoriser un changement de résidence
Une autorisation de voyage datée et limitée ne doit pas être transformée automatiquement en consentement à une installation permanente.
Si le parent devait revenir le 31 août et annonce qu’il restera en Tunisie, il faut examiner le périmètre de l’autorisation, les droits parentaux, la résidence habituelle et les mécanismes internationaux disponibles.
5. Quelle demande urgente choisir ?
Le besoin peut être : autoriser le voyage, s’y opposer, faire retirer un document de voyage dans la situation prévue par la loi ou prendre une mesure relative à l’enfant.
Chaque demande a un objet propre. Une mesure relative au passeport n’est pas un jugement définitif de garde, et une demande de retour international est encore différente.
6. Retrait du passeport et interdiction de voyager
La législation comporte des mécanismes spécifiques lorsque l’autorisation de voyage d’un mineur est retirée ou qu’un conflit justifie une intervention judiciaire. Leur fondement et leurs effets doivent être distingués d’une interdiction générale ou de la modification de la garde.
7. Enfant déplacé de France vers la Tunisie
Avant de parler juridiquement d’« enlèvement », il faut établir : résidence habituelle avant le déplacement, droits de garde exercés, consentement au voyage, date de retour prévue et circonstances du non-retour.
La qualification dépend de cette chronologie.
8. Convention de La Haye de 1980
La Convention de La Haye de 1980 vise le retour rapide de l’enfant déplacé ou retenu illicitement et la protection des droits de visite.
Elle ne s’applique pas automatiquement dans la relation entre la Tunisie et tout autre État partie : pour les adhésions, il faut vérifier l’acceptation entre les deux États. Entre la France et la Tunisie, elle est entrée en vigueur le 1er septembre 2023.
9. Une demande de retour n’est pas un procès de garde
Le juge saisi du retour ne décide pas nécessairement quel parent doit avoir définitivement la garde. Il vérifie d’abord le déplacement ou non-retour au regard des droits existants dans l’État de résidence habituelle et les éventuelles exceptions conventionnelles.
La procédure de garde et la procédure de retour peuvent donc coexister avec des objets différents.
10. Jugement de garde étranger
Il ne faut pas supposer qu’un jugement français ou étranger s’exécute directement en Tunisie. Il faut analyser les règles de reconnaissance, les conventions applicables et l’effet précis recherché.
Une demande de retour fondée sur La Haye et un exequatur d’un jugement de garde ne sont pas nécessairement la même procédure.
11. Construire une chronologie probante
Le dossier doit identifier la résidence de l’enfant, son école, les décisions antérieures, les autorisations de voyage, les billets, la date de retour convenue et les messages entre parents.
Cette chronologie est souvent plus utile que des accusations générales entre ex-conjoints.
12. Agir avant le départ lorsque le risque est réel
Si un départ imminent est documenté, le parent doit examiner rapidement la mesure judiciaire proportionnée. Il faut néanmoins apporter des éléments sérieux et éviter de transformer une inquiétude abstraite en restriction systématique aux déplacements de l’enfant.
13. Organiser un droit de visite transfrontalier
Un droit de visite international devrait préciser, autant que possible, périodes scolaires, lieu de remise, documents de voyage, frais, accompagnement et communications à distance. Une décision trop abstraite peut engendrer un contentieux à chaque vacances.
Cas pratique 1 : vacances devenues installation
Le dossier réunit l’autorisation, les messages, les preuves de scolarité et de résidence habituelle puis vérifie l’applicabilité de la Convention de La Haye et les mesures tunisiennes nécessaires.
Cas pratique 2 : désaccord préalable sur le voyage
Le différend est soumis au juge compétent avec des éléments relatifs à l’intérêt de l’enfant, au programme du voyage et aux garanties de retour, plutôt qu’une simple opposition de principe.
Cas pratique 3 : ancien jugement étranger
Si la vie de l’enfant a changé, il faut vérifier quelle juridiction est compétente pour une modification et quel effet le jugement ancien conserve, au lieu de le considérer comme une réponse permanente à toute nouvelle situation.
Questions fréquentes
Le parent gardien peut-il s’installer définitivement à l’étranger avec l’enfant ?
Pas automatiquement. Garde, tutelle et changement de résidence internationale doivent être distingués.
Qui tranche un conflit sur le voyage d’un mineur ?
La législation tunisienne prévoit la saisine du président du tribunal de première instance selon la procédure urgente applicable, avec prise en compte de l’intérêt supérieur de l’enfant.
La Convention de La Haye s’applique-t-elle avec tous les pays ?
Non. Son entrée en vigueur doit être vérifiée État par État. Entre la France et la Tunisie, elle est effective depuis le 1er septembre 2023.
Le retour décide-t-il de la garde définitive ?
Non. La demande de retour a un objet distinct de la détermination définitive de la garde.
Un jugement étranger de garde suffit-il en Tunisie ?
Il faut examiner sa reconnaissance et la convention applicable avant de parler d’exécution directe.
Références juridiques et conventionnelles
- Code tunisien de droit international privé, dispositions relatives à la garde et aux obligations alimentaires.
- Loi n°75-40 du 14 mai 1975 relative aux passeports et documents de voyage, telle que modifiée, notamment par la loi organique n°2015-46.
- Code du statut personnel.
- Convention de La Haye du 25 octobre 1980 sur les aspects civils de l’enlèvement international d’enfants, lorsque applicable entre les États concernés.
- Code de procédure civile et commerciale pour les procédures urgentes concernées.
Cet article est fourni à titre informatif. Il ne constitue pas un conseil juridique personnalisé et ne crée aucune relation avocat-client. Toute décision doit être examinée au regard de votre situation particulière et du droit applicable.
Domaines d’intervention