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Entrer au capital d’une société tunisienne : que vérifier avant de verser les fonds ?

Une société tunisienne propose 30 % de son capital à un investisseur européen. Le gérant transmet les statuts et le dernier bilan et demande un virement rapide. L’investisseur n’achète pas seulement une part du futur ; il entre dans l’histoire juridique, fiscale et contractuelle d’une société existante. Il faut d’abord qualifier l’opération puis effectuer un audit proportionné au risque.

Relu par Me Ahmed Ben Hemden Avocat près la Cour d’appel

Dernière revue juridique :

Investisseur et conseiller examinant une entreprise tunisienne dans le cadre d’un audit avant prise de participation

1. Cession de parts ou augmentation de capital ?

Dans une cession de titres existants, le prix est généralement versé au cédant. Dans une augmentation de capital, les fonds entrent dans la société en contrepartie de nouveaux titres et diluent éventuellement les associés existants.

Destination des fonds, garanties, formalités, fiscalité et change sont donc différents.

2. SARL : la cession à un tiers est encadrée

L’article 109 du Code des sociétés commerciales soumet, dans la situation qu’il organise, la cession de parts à un tiers à l’agrément de la majorité des associés représentant au moins les trois quarts du capital et prévoit une procédure de notification et des délais.

Le « tiers » signifie ici personne étrangère à la société, pas personne de nationalité étrangère.

Un contrat entre vendeur et investisseur ne dispense donc pas de la procédure sociale applicable.

3. Lire les statuts avant de négocier le prix

Les statuts, le registre des associés, les décisions antérieures et les modifications déposées au RNE doivent être comparés. L’investisseur doit savoir exactement quels droits juridiques accompagneront le pourcentage annoncé.

4. Due diligence juridique

Selon l’opération : existence et pouvoirs de la société, capital, titres, décisions sociales, contrats essentiels, dettes et sûretés, litiges, immobilier et baux, autorisations, salariés, situation fiscale/sociale selon le périmètre convenu, propriété intellectuelle et actifs clés.

La profondeur doit être adaptée au montant et au contrôle acquis.

5. Le RNE est une source, pas l’audit complet

Le Registre national des entreprises donne accès à des informations et dépôts importants mais ne révèle pas nécessairement tous les contrats, engagements ou différends non publiés.

6. Autorisations de l’activité

Une société ancienne peut dépendre d’une licence ou d’un agrément. Il faut vérifier sa validité et si un changement de capital ou de contrôle déclenche une formalité nouvelle.

Acheter la société ne régularise pas une activité exercée sans l’autorisation requise.

7. 30 % du capital : quels pouvoirs ?

Le pourcentage n’est pas un résumé de la gouvernance. Majorités, pouvoirs du gérant, assemblées et décisions réservées doivent être cartographiés.

8. Pacte et protection de l’investisseur

Information, décisions réservées, financement, préemption, transfert, sortie et deadlock peuvent être organisés contractuellement dans les limites du droit impératif et en cohérence avec les statuts.

9. Garanties du cédant

Le contrat doit traiter propriété des titres, dettes, fiscalité, contrats, autorisations et contentieux. Il doit surtout prévoir les conséquences d’une déclaration fausse : procédure de réclamation, durée, plafond et mécanisme d’indemnisation.

10. Conditions préalables au closing

Agrément, autorisation, levée de sûreté, régularisation ou remise de documents peuvent être érigés en conditions avant paiement ou transfert définitif.

11. Investissement étranger et change

Pour un investisseur non-résident, le flux bancaire doit correspondre à la nature de l’opération et être documenté conformément à la réglementation et, le cas échéant, à la circulaire BCT n°2018-14.

Un achat de parts auprès d’un cédant n’est pas un apport en capital à la société.

12. Préparer la sortie

L’investisseur doit connaître les restrictions de cession, agréments, mécanismes de prix et documentation de change nécessaires pour vendre ultérieurement et transférer le produit.

Cas pratique 1 : acquisition de 30 % d’une SARL

Statuts, registre et agrément sont vérifiés avant signature ; la due diligence détermine les garanties et conditions préalables.

Cas pratique 2 : augmentation de capital

Si l’objectif est de financer l’entreprise, l’opération sociale et le flux bancaire sont structurés comme une souscription et non comme un paiement au vendeur.

Cas pratique 3 : 49 % avec droits de blocage

Il faut vérifier quels droits peuvent être organisés dans les statuts ou un pacte et leur conformité au Code.

Questions fréquentes

Non. Le bénéficiaire des fonds et les conséquences sociales sont différents.

La cession est soumise au régime d’agrément de l’article 109 dans les situations visées, sous réserve de l’analyse des statuts.

Non. Contrats, autorisations, contentieux, titres et garanties doivent également être examinés selon le périmètre.

Pas automatiquement. Il faut lire les règles de majorité et les documents sociaux.

Pour la conformité au change et la traçabilité utile lors des dividendes ou de la sortie.

Références juridiques et réglementaires

  • Code des sociétés commerciales, notamment article 109 et dispositions relatives à la SARL.
  • Loi de l’investissement et textes sectoriels.
  • Loi relative au Registre national des entreprises.
  • Réglementation des changes et circulaire BCT n°2018-14.
  • Fiscalité applicable à la cession et à l’augmentation de capital.

Note de mise à jour

Révision annuelle des règles de change, fiscales et sectorielles.

Cet article est fourni à titre informatif. Il ne constitue pas un conseil juridique personnalisé et ne crée aucune relation avocat-client. Toute décision doit être examinée au regard de votre situation particulière et du droit applicable.